ARRÊT YUMAK ET SADAK c. TURQUIE
15
correspondait à un besoin réel, qui le temps venu pourrait être supprimé
(voir le compte rendu de la séance du 3 octobre 2007). Les passages
pertinents de sa réponse sont libellés comme suit :
« M. Gül explique que l’instauration du seuil des 10 % visait à remédier à
l’instabilité des années précédentes, où s’étaient succédé un grand nombre de
gouvernements de coalition. Ce seuil n’empêche pas des candidats indépendants de se
présenter. Aux dernières élections législatives, en juillet dernier, la participation a été
de 85 %, ce qui démontre la représentativité du Parlement. Maintenant que la stabilité
politique est rétablie on peut envisager de revoir le seuil de 10 %. »
C. Droit comparé
61. Bien qu’il n’existe pas de classification uniforme des modes de
scrutin et des systèmes électoraux, on en distingue généralement trois
grands types : les modes de scrutin majoritaires, proportionnels et mixtes.
Dans le système majoritaire, est déclaré élu le candidat ou la liste de
candidats qui a obtenu, lors du tour de scrutin décisif, la majorité des voix.
Ce type de scrutin permet la constitution de majorités de gouvernement
claires, mais en même temps défavorise la représentation des partis
politiques minoritaires. Ainsi, à titre d’exemple, au Royaume-Uni,
l’application depuis de nombreuses décennies d’un scrutin majoritaire
uninominal à un seul tour (« first past the post »), combinée avec l’existence
de deux grands partis politiques dominants, a pour effet de rapporter aux
autres partis peu de sièges par rapport au nombre de suffrages qu’ils
obtiennent. Des situations analogues existent, par exemple en France, où
l’on pratique le scrutin majoritaire à deux tours. A l’extrême inverse, le
système proportionnel a pour but d’assurer une transposition
proportionnelle des voix en mandats. La proportionnelle est généralement
considérée comme le système le plus « juste », car il tend vers une
représentation plus fidèle des différentes forces politiques. Cependant,
l’inconvénient de ce système est qu’il favorise la fragmentation de l’offre
électorale et par conséquent rend plus difficile la constitution de majorités
stables dans les assemblées.
62. De nos jours, ce type de système est de loin le plus appliqué en
Europe. A titre d’exemples, la Bulgarie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie,
l’Irlande, le Luxembourg, Malte, la Moldova, la Norvège, la Pologne, le
Portugal, la République tchèque, la Russie, la Suède et la Turquie ont opté
pour la représentation proportionnelle ou l’une de ses variantes. Il existe
également des systèmes mixtes qui proposent différentes combinaisons
entre les deux modes de scrutin (par exemple en Allemagne, en Italie et en
Lituanie).
63. Dans certains systèmes proportionnels, le législateur fixe des seuils
pour corriger les effets négatifs de ce type de scrutin, et notamment assurer
plus de stabilité au sein du parlement. Ces seuils, généralement exprimés en