ARRÊT MAGYAR KÉTFARKÚ KUTYA PÁRT c. HONGRIE 3 9. En 2015, des réfugiés et des migrants affluant vers l’Europe traversèrent le territoire hongrois. Face à cette situation, le gouvernement adopta une nouvelle politique migratoire, qui fut très médiatisée. En réaction, le MKKP lança ce qu’il appela une « campagne anti-anti-immigration », financée par des micro-dons de particuliers à hauteur de quelque 33 millions de forints hongrois (HUF), soit environ 100 000 euros (EUR). Dans le cadre de cette campagne, il posa des affiches caricaturant les messages du gouvernement, avec des slogans tels que « Vous pouvez venir en Hongrie, on travaille déjà en Angleterre ! ». 10. Le 22 septembre 2015, les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne (« l’UE », « l’Union ») réunis pour le Conseil « Justice et affaires intérieures » approuvèrent un plan prévoyant sur deux ans la relocalisation de 120 000 demandeurs d’asile depuis les États situés aux frontières extérieures (Italie et Grèce) vers tous les autres pays de l’Union. Dans le cadre de ce plan, la Hongrie devait accueillir 1 294 personnes en provenance d’autres États membres. 11. Le 24 février 2016, le Premier ministre hongrois annonça que son gouvernement allait organiser un référendum sur la question de savoir s’il fallait accepter les quotas obligatoires de relocalisation des migrants prévus par l’UE. Le même jour, le gouvernement soumit à l’approbation de la Commission électorale nationale (CEN) la question suivante, qu’il entendait poser dans ce cadre : « Voulez-vous que l’Union européenne puisse ordonner l’installation obligatoire d’étrangers en Hongrie sans l’accord du Parlement ? » 12. Le 29 février 2016, la CEN approuva la question par neuf voix contre trois. Le 5 mai 2016, après avoir examiné les recours qui avaient été introduits en justice contre cette décision, la Kúria (la juridiction suprême de Hongrie) autorisa la tenue du référendum. 13. Le 10 mai 2016, l’Assemblée nationale approuva officiellement la tenue du référendum proposé par le Gouvernement, par 136 voix pour, émanant des partis majoritaires au Parlement ainsi que du parti d’opposition Jobbik, et cinq voix contre, les 53 parlementaires restants ayant décidé de boycotter la session. Le 21 juin 2016, la Cour constitutionnelle rejeta tous les recours formés contre le projet de référendum. Il fut annoncé que le référendum aurait lieu le 2 octobre 2016. 14. Plusieurs groupes d’opposition, dont des partis politiques et des acteurs de la société civile, considéraient que dans leur formulation de la question soumise au référendum, les autorités présentaient de manière délibérément déformée la politique de l’UE : selon eux, il n’y avait en réalité aucun projet prévoyant l’instauration de quotas obligatoires de relocalisation de migrants. Ces groupes déclarèrent que le référendum n’était qu’un outil de propagande du gouvernement, qu’il n’offrait pas aux électeurs un véritable choix entre de réelles alternatives, et que la

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