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ARRÊT YUMAK ET SADAK c. TURQUIE
conditions impératives. Les seuils qui résultent de la nature des systèmes et [sont
exprimés] en pourcentage, et [qui] au niveau du pays restreignent le droit de voter et
le droit d’être élu, sont applicables [et] acceptables (...) tant qu’ils ne dépassent pas
des mesures normales (...) Le [seuil] de 10 % est conforme aux principes de stabilité
gouvernementale et de juste représentation (...) »
Trois juges constitutionnels sur onze se sont opposés à l’argumentation
de la majorité, considérant que le seuil national de 10 % ne se conciliait pas
avec l’article 67 de la Constitution.
43. Dans le même arrêt, la Cour constitutionnelle a toutefois annulé un
seuil électoral de 25 % fixé pour la répartition des sièges attribués aux
départements (seuil départemental). Considérant qu’un tel seuil ne cadrait
pas avec le principe de juste représentation, la haute juridiction a notamment
souligné :
« Si un seuil national est imposé dans les élections législatives en application du
principe de « stabilité gouvernementale », le fait d’instaurer de surcroît un seuil pour
chaque circonscription électorale est incompatible avec le principe de « juste
représentation ». »
4. Bref historique des élections législatives
44. Les élections de 1950, 1954 et 1957 – où l’on avait opté pour la
représentation majoritaire – ne purent assurer un équilibre institutionnel
entre la majorité et l’opposition parlementaires. Ce déséquilibre fut l’un des
principaux motifs du coup d’Etat survenu en 1960. A la suite de cette
intervention militaire, le législateur adopta la représentation proportionnelle,
appliquée avec la méthode D’Hondt, afin de renforcer le pluralisme et le
système politique. Ainsi les élections de 1965 et 1969 permirent-elles de
dégager des majorités stables au sein de l’Assemblée nationale tout en
offrant à de petites formations la possibilité d’être représentées. Cependant,
à l’issue des élections de 1973 et 1977, les grands courants politiques ne
réussirent pas à fonder des gouvernements stables, alors qu’ils rassemblaient
un électorat important. Cette période d’instabilité gouvernementale fut
marquée par la constitution successive de coalitions fragilisées par
l’influence disproportionnée des petites formations sur la politique
gouvernementale.
45. A la suite du régime militaire (1980-1983), la loi no 2839 relative à
l’élection des députés, adoptée le 13 juin 1983, rétablit la représentation
proportionnelle, assortie de deux seuils électoraux. Au seuil national de
10 % s’ajoutait un seuil départemental (nombre d’électeurs divisé par le
nombre de sièges à pourvoir dans chaque circonscription) ; ce dernier fut
annulé par la Cour constitutionnelle en 1995. A l’issue des élections
législatives de 1983, l’ANAP (Parti de la mère patrie) obtint la majorité
absolue au Parlement.
46. De même, les élections législatives du 29 novembre 1987 permirent
à l’ANAP, avec 36,31 % des suffrages, de former une majorité