16 ARRÊT YUMAK ET SADAK c. TURQUIE pourcentage des suffrages exprimés, sont des « limites, fixes ou variables, établies au moyen du résultat électoral, qui déterminent la participation d’une liste ou d’un candidat à la répartition des sièges ». Toutefois, le rôle joué par les seuils diffère en fonction de leur hauteur et du système des partis en place dans chaque pays. Un seuil bas n’écarte que les très petites formations, ce qui rend plus difficile la constitution de majorités stables, alors qu’en cas de forte division du système partisan, un seuil élevé conduit à exclure de la représentation une part importante des suffrages. 64. L’analyse des seuils électoraux adoptés dans les Etats membres qui ont un mode de scrutin à la proportionnelle montre que seuls quatre Etats ont opté pour des seuils élevés : la Turquie possède le seuil le plus élevé, avec 10 % ; le Liechtenstein a fixé la barre à 8 %, la Fédération de Russie et la Géorgie à 7 %. Un tiers des Etats imposent un seuil de 5 % et treize Etats ont placé la barre à un niveau inférieur. Les autres Etats membres n’ont pas recours aux seuils. Par ailleurs, dans plusieurs systèmes, les seuils ne sont appliqués que pour un nombre restreint de sièges (en Norvège et en Islande par exemple). Les seuils diffèrent selon qu’ils s’appliquent à un parti ou à une coalition. A titre d’exemple, en République tchèque, le seuil pour un parti est de 5 % alors qu’en cas de coalition on ajoute 5 % pour chacun des partis membres. En Pologne, le seuil pour les coalitions est fixé à 8 % et ne varie pas selon le nombre de partis membres. De façon similaire, les seuils pour les candidats indépendants varient : en Moldova, par exemple, ce seuil est de 3 %. EN DROIT I. SUR L’ÉTENDUE DE LA COMPÉTENCE DE LA GRANDE CHAMBRE 65. La Cour observe que le grief tel que formulé dans l’arrêt de la chambre (paragraphe 40) est libellé comme suit : « Les requérants allèguent que le fait qu’un seuil électoral de 10 % soit imposé lors des élections législatives porte atteinte à la libre expression de l’opinion du peuple sur le choix du corps législatif. (...) » 66. Au cours de la procédure devant la chambre, les requérants, se fondant notamment sur les résultats des élections du 3 novembre 2002, ont remis en cause le seuil électoral de 10 %. Pour ce faire, ils ont procédé à un examen global des élections qui se sont déroulées en Turquie depuis 1946, année où le multipartisme a été instauré sous la République. Plus tard, dans leur demande de renvoi présentée le 20 avril 2007, en critiquant notamment l’analyse du système électoral turc à laquelle la chambre s’était livrée dans son arrêt, ils ont soutenu que cet arrêt accordait à la Partie contractante une

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