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ARRÊT MAGYAR KÉTFARKÚ KUTYA PÁRT c. HONGRIE
30. La juge Czine émit une opinion dissidente dans laquelle elle
expliquait que l’affaire soulevait d’après elle des questions revêtant une
importance constitutionnelle. Elle y tenait notamment le raisonnement
suivant :
« Pour les raisons énoncées ci-après, je ne souscris pas à la décision de rejet du
recours constitutionnel.
À mon avis, les conditions de fond, en particulier celles posées aux articles 27 et 29,
étaient réunies en l’espèce, car les arguments avancés relativement au droit à la liberté
d’expression et au principe de l’exercice des droits conformément à leur but en vertu
de l’article 2 § 1 e) de la loi sur la procédure électorale soulèvent des doutes quant à la
constitutionnalité de la décision de justice, et appellent l’examen d’une question d’une
importance constitutionnelle fondamentale.
(...)
En l’espèce, la Commission électorale nationale a estimé établi, sur la base des
éléments disponibles, que le requérant avait « encouragé les électeurs à prendre dans
le cadre du référendum des photographies de bulletins de vote valables et non valables
et à les publier dans l’application, afin d’adresser un message au Gouvernement. »
Le requérant soutient clairement dans son recours constitutionnel que, « en
développant l’application en cause, [il] avait pour intention de donner aux électeurs
une possibilité d’exercer leur droit à la liberté d’expression en prenant et en partageant
anonymement une photographie de leur bulletin de vote ou, pour ceux qui n’iraient
pas voter, une photographie de ce qu’ils faisaient à la place ». Il argue que le fait pour
lui de permettre aux électeurs d’exercer leur droit à la liberté d’expression relève de la
protection de l’article IX § 1 de la Loi fondamentale.
J’estime que la présente affaire pose une question d’une importance
constitutionnelle fondamentale, qui est celle de savoir si la décision de justice attaquée
a restreint le droit à la liberté d’expression et si le principe de l’exercice des droits
conformément à leur but énoncé à l’article 2 § 1 e) peut être, au sens de l’article I § 3
de la Loi fondamentale, un motif constitutionnel de restriction du droit à la liberté
d’expression. À la lumière de ce qui précède, j’estime nécessaire de déclarer le
recours constitutionnel recevable et de l’examiner au fond. »
LE CADRE JURIDIQUE ET LA PRATIQUE PERTINENTS
I. LE DROIT INTERNE
A. La loi CCXXXVIII de 2013 sur l’organisation de référendums,
l’initiative citoyenne européenne et la procédure de référendum
31. Les dispositions pertinentes de cette loi sont ainsi libellées :
Chapitre I
Dispositions générales
Article 1
« 1. Les dispositions générales de la loi XXXVI de 2013 sur la procédure électorale
(...) s’appliquent – sauf dispositions contraires de la présente loi – aux procédures
relevant du champ d’application de la présente loi.