40
ARRÊT MAGYAR KÉTFARKÚ KUTYA PÁRT c. HONGRIE
définitive, risque de saper la confiance des citoyens dans l’intégrité des
institutions démocratiques et leur adhésion à l’état de droit.
b) Application de ces principes au cas d’espèce
102. En l’espèce, les parties ont des avis divergents (voir,
respectivement, les paragraphes 69 et 79 ci-dessus) sur le point de savoir si
la base légale de l’ingérence faite dans l’exercice par le MKKP de son droit
à la liberté d’expression était suffisamment prévisible et si, dès lors,
l’ingérence était « prévue par la loi ».
103. Le MKKP soutient que ni le droit ni la pratique judiciaire internes
n’interdisaient de photographier un bulletin de vote, et que le principe de
l’exercice des droits conformément à leur but sur lequel se sont fondées les
autorités internes ne pouvait servir de base légale à l’imposition de
restrictions dans un contexte électoral que si la conduite faisant l’objet de la
restriction était susceptible d’emporter des conséquences négatives, telles
par exemple qu’une atteinte aux droits d’autrui, notamment à la réputation
des candidats et des partis politiques (paragraphe 69 ci-dessus).
104. Le Gouvernement invoque le principe de l’exercice des droits
conformément à leur but énoncé à l’article 2 § 1 e) de la loi sur la procédure
électorale, ainsi que l’interprétation que les juridictions internes ont faite de
cette disposition. Il ajoute que depuis 2014 (c’est-à-dire depuis la
publication des lignes directrices de la CEN), le MKKP était en mesure de
prévoir que le fait de photographier des bulletins de vote serait jugé
contraire à ce principe (paragraphe 77 ci-dessus).
105. Dans ses décisions des 30 septembre et 7 octobre 2016, la CEN
s’est appuyée sur les alinéas a) (principe de l’équité du processus électoral)
et e) (principe de l’exercice des droits de bonne foi et conformément à leur
but) de l’article 2 § 1 de la loi sur la procédure électorale, ainsi que sur
l’article 2 § 1 de la Loi fondamentale (principe du secret du scrutin). Elle
s’est également référée à ses propres lignes directrices, notant qu’il y était
expressément indiqué que le fait de photographier les bulletins de vote
devait être considéré comme une atteinte à ces principes (paragraphes 21 et
25 ci-dessus).
106. La Kúria, pour sa part, ne s’est appuyée dans ses décisions des 10
et 18 octobre 2016 que sur l’article 2 § 1 e), et seulement dans la mesure où
cette disposition concernait le principe de l’exercice des droits
conformément à leur but. Elle a estimé que l’article 2 § 1 e) fournissait une
base légale à la restriction litigieuse. Elle a considéré en revanche que la
conduite du MKKP n’avait pas porté atteinte au principe de l’exercice des
droits de bonne foi. Elle a rejeté le raisonnement et les conclusions de la
CEN consistant à dire que la conduite du MKKP avait mis en péril l’équité
des élections et le droit au secret du scrutin. Soulignant que les lignes
directrices de la CEN ne constituaient pas un texte de valeur législative et