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ARRÊT MAGYAR KÉTFARKÚ KUTYA PÁRT c. HONGRIE
déterminer dans tous les cas si un droit était exercé conformément à son
but : selon elle, il appartenait à la CEN, et en définitive aux juridictions
internes, de trancher, à l’issue d’un examen de l’ensemble des circonstances
de chaque cause, la question de savoir si telle ou telle conduite était
conforme ou contraire au principe (voir la décision no 18/2008 (III.12.) AB,
au paragraphe 34 ci-dessus).
111. De l’avis de la Cour, le fait que les principes posés dans une loi
doivent faire l’objet d’une interprétation judiciaire n’est pas, en lui-même,
nécessairement contraire à l’exigence selon laquelle la loi doit être libellée
en termes suffisamment précis. Il reste cependant que le cadre réglementaire
interne appliqué en l’espèce prévoyait la possibilité de poser une restriction
à l’exercice de la liberté d’expression dans le cadre du processus électoral
au cas par cas, et qu’il conférait donc un très large pouvoir d’appréciation
aux organes électoraux et aux juridictions internes quant à son interprétation
et à son application. Le manque de clarté de l’article 2 § 1 e) de la loi sur la
procédure électorale et le risque que l’incertitude quant à l’interprétation qui
en serait faite faisait peser sur le respect des droits électoraux, et notamment
sur la liberté de débattre des affaires publiques, appelaient donc une
prudence particulière de la part des autorités internes.
112. Lorsqu’elle a interprété l’article 2 § 1 e) de la loi sur la procédure
électorale, la Cour constitutionnelle a restreint la portée de cette disposition
à la conduite électorale emportant des « conséquences négatives », par
exemple une atteinte aux droits d’autrui (paragraphes 34 et 35 ci-dessus).
Un raisonnement similaire se dégage de la jurisprudence de la Kúria
(paragraphe 36 ci-dessus).
113. Force est de constater que lorsqu’elles ont examiné l’ensemble des
circonstances de la cause, la CEN et la Kúria ont abouti à des conclusions
différentes quant à l’applicabilité des principes fondamentaux de la
procédure électorale. S’appuyant sur l’article 2 § 1 e) de la loi sur la
procédure électorale, combiné à l’article 2 § 1 a), la CEN a estimé que la
conduite du MKKP mettait en péril l’équité et le secret du scrutin. Au
contraire, la Kúria a rejeté expressément ce raisonnement et conclu qu’il
n’avait pas été porté atteinte au secret du scrutin car l’application mobile ne
permettait pas d’accéder aux données personnelles des utilisateurs ni, dès
lors, de relier un suffrage exprimé à un électeur. La Kúria a conclu
également que la conduite du MKKP n’avait eu aucune incidence concrète
sur l’équité du référendum au niveau national et qu’elle n’avait pas été de
nature à ébranler la confiance du public dans le travail des organes
électoraux. Elle n’a pas expliqué en quoi la restriction litigieuse, fondée sur
le principe de l’exercice des droits conformément à leur but, avait trait à une
« conséquence négative » potentielle ou réelle de cette conduite, et y
répondait.